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Arts et des Lettres : remise des insignes d'Officier au Musée BOURDELLE

  • 11 juin
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 juin


Le 1er avril 2026, Michel BASSOMPIERRE a reçu les insignes d'Officier des Arts et des Lettres, des mains de Roselyne BACHELOT, ancienne Ministre de la Culture, au Musée BOURDELLE, à Paris.

Découvrez le discours de Michel BASSOMPIERRE.




"Chère Roselyne, c’est avec un grand honneur et une profonde émotion que je reçois aujourd’hui, de vos mains, cette haute distinction de la République. C’est quelque chose d’assez bouleversant et surprenant pour l’ours que je suis, habitué au calme de sa tanière, de vous voir tous ici ce soir.


Pour vous qui me connaissez, vous savez que me mettre en avant n’est pas dans mes habitudes. Je suis quelqu’un de plutôt discret, et j’ai toujours préféré me concentrer sur la riche solitude de mon atelier plutôt que sur les mondanités. Alors, que vous dire, sinon merci. Merci pour cet honneur que je n’ai jamais recherché et qui me gêne presque. Je n’aurais jamais imaginé me retrouver ici, un jour, face à vous tous.

 

J’en profite pour remercier les équipes du Musée BOURDELLE pour leur accueil chaleureux et pour remercier aussi toutes celles et ceux qui ont permis à cette soirée de voir le jour.

 

Pour moi la sculpture n’était pas un choix. C’était une évidence. Depuis l’enfance, elle s’est imposée à moi. Et à 78 ans, je suis toujours ce vieil enfant qui continue à fabriquer ses jouets et à matérialiser ses rêves. Je m’amuse comme Gepetto, du matin au soir, au fond de mon atelier, à faire vivre mon arche. Donc depuis tout petit, je dessine et je sculpte des animaux. Ils m’habitent et peuplent mon imaginaire.

 

Ces animaux, je les admire profondément. Pour leurs formes, leur puissance, mais aussi pour ce qu’ils nous apportent. Ils sont dans mon regard, dans mon esprit et dans mon âme. La nature a inventé la beauté. Plus j’observe le monde vivant, plus j’apprends à le connaître et plus je me sens humble face à lui. Et j’éprouve ce besoin de le respecter et de le protéger. Si l’homme est vraiment intelligent, il doit protéger la vie sous toutes ses formes : de la petite fourmi au séquoia géant. Tous les êtres vivants méritent notre respect et notre admiration tellement ils sont parfaitement adaptés à leur environnement. On commence tout juste à découvrir les interactions entre tous ces êtres merveilleux. J’espère qu’on ne détruira pas tout par cupidité.


Mon regard, ma manière d’observer, de comprendre et de représenter le monde qui m’entoure, je les dois en grande partie aux maîtres qui m’ont formé. Je dois évidemment beaucoup aussi à mes parents qui ont cru en moi et m’ont encouragé à faire les Beaux-Arts. Mon père géologue, avec son approche scientifique, m’a transmis la rigueur. Ma mère, portraitiste et illustratrice de livres, m’a ouvert les yeux sur la richesse et le sens de la composition artistique. Ils m’ont tous les deux déconseillé la voie de la facilité. En Art, il n’y a rien d’acquis.


Je suis sculpteur. Je vois le monde en volume. Je pense tout en trois dimensions.

Et ce qui me touche, ce sont les courbes, la douceur, la rondeur. Une sculpture réussie, à mes yeux, est une sculpture que l’on a envie de caresser. J’essaie de représenter l’animal. Mais au-delà de la forme, je cherche surtout à en révéler l’esprit. Il me faut quelques mois pour analyser un animal, son comportement, son squelette. Des années pour commencer à le maîtriser mais il faut toute une vie pour comprendre ce qu’est la sculpture. Après plus de soixante ans de travail, je commence peut-être seulement à en percer les mystères. Par contre, ce qui a toujours été constant, c’est mon plaisir à créer. Ce plaisir intact, presque enfantin, de faire naître une forme.

 

Aujourd’hui, ce chemin prend une dimension que je n’aurais jamais osé imaginer puisqu’un musée consacré à mon travail verra le jour en 2028 à Vertou, dans la région nantaise.

C’est une idée qui me dépasse un peu, moi qui ai toujours travaillé dans le secret de mon atelier. Ce Musée, je le vois comme une maison pour mes sculptures, un lieu où mes animaux pourront continuer à vivre, à rencontrer, à émouvoir. Si ce projet se concrétise, c’est grâce à des rencontres, des soutiens que je tiens à saluer ce soir. Grâce à une confiance qui m’honore et qui me touche profondément.

 

Pendant longtemps, j’ai cru que mes créations s’éteindraient avec moi. Mais maintenant je sais qu’elles vont tracer leur route. Au fil du temps, elles ont en effet commencé à rassembler, à créer des liens et à faire naître des rencontres. Aujourd’hui, je mesure combien cette aventure est collective. Je réalise qu’elle vous a embarqués, chacun à votre manière, dans une histoire qui me dépasse complètement.

 

Rien de tout cela ne serait possible sans les personnes qui m’entourent. Alors je profite de cette occasion pour remercier chaleureusement l’équipe formidable qui m’accompagne au quotidien à l’atelier- Anne, Amélie, Karène, Mélina, Nathalie, Eric, Guillaume, Laurent et Willy, qui sont tous devenus un peu mes enfants. Depuis dix ans, vous me permettez, de me consacrer pleinement à la création. C’est une liberté rare pour un artiste. Une chance immense. Et je vous en suis profondément reconnaissant.


Je remercie également tous les partenaires, qui m’accompagnent dans la production, les projets, les collaborations et les expositions. Sans vous tous, pas de beaux bronzes, de beaux marbres, de belles sculptures monumentales, de belles expositions, de belles mises en valeur dans les galeries. Ces liens qui nous unissent peuvent devenir, avec le temps, de puissants liens d’amitié.


Je remercie aussi François CLUZET, mon parrain de cœur, pour sa fidélité, sa présence, sa confiance et son soutien indéfectible. Et Narjiss, pour son professionnalisme, sa bienveillance, et pour toutes ces portes qu’elle a su ouvrir, là où je n’aurais sans doute jamais osé frapper.

 

Enfin ma famille, mon épouse Catherine, mes enfants Guillaume et Karène, ma belle-fille Anne et mes petits-enfants Théo et Louann, qui sont tous là ce soir. Merci. Merci pour votre patience face à mes absences, à ces longues heures passées loin de vous, cloitré dans mon atelier. Merci d’avoir accepté de partager ma vie, notre vie… avec tous ces animaux.

Ce soir, en vous regardant tous réunis, je prends conscience du chemin parcouru. Ce travail, né dans la solitude de l’atelier, qui n’était au départ pour moi qu’un dialogue avec la matière…s’inscrit désormais dans une histoire partagée. C’est sans doute ce que je retiens le plus aujourd’hui. Je reçois cette distinction avec beaucoup de reconnaissance et d’humilité, et je souhaite la partager avec toutes celles et ceux qui m’accompagnent.

Ma carrière et mon parcours artistique se sont transformés en aventure. Une aventure collective, humaine, vivante. Elle s’est construite, pas à pas, grâce à vous tous.

 

Alors cette reconnaissance, je la reçois avec une immense émotion mais je ne suis pas seul à la recevoir. Elle est aussi la vôtre. Elle est celle de toutes les personnes qui m’accompagnent depuis si longtemps. Elle est aussi, bien sûr, celle de ces animaux qui peuplent mon arche.

 

Merci à vous tous, pour cette aventure incroyable. Et pour toutes ces pages qu’il nous reste encore à écrire ensemble. Je vous remercie."


Michel BASSOMPIERRE



Retrouvez le discours de de Roselyne BACHELOT retraçant le parcours de Michel BASSOMPIERRE

"Michel BASSOMPIERRE, je ferai de vous dans quelques instants une officier dans notre Ordre des Arts et des Lettres. C’est un honneur et un plaisir que de procéder à cette promotion dans un ordre qui m’est cher, tant vous êtes un artiste qui porte haut la renommée de la France partout dans le monde. Vous êtes présent dans les collections de nombreux musées et vos expositions rayonnent à l’international comme celle qui se tint en mai 2025 Fragile Giants sur Park Avenue à New York. (...) Cher Michel vous seriez né « un crayon à la main » élevé  par une une mère artiste dessinatrice, graveuse sur bois,  illustratrice et cartographe et un père ingénieur hydrogéologue. De l’une, vous recevez la sensibilité artistique, de l’autre, la rigueur scientifique. (...) Au milieu de vos six frères et sœurs, vous passez des heures à dessiner. Votre mère vous fournit de vieux rouleaux de papier peint que vous déroulez sur le sol en y faisant  défiler d’immenses scènes animalières. Quand on vous cherche dans la maison, vous êtes toujours « au bout de votre crayon ». (...)

À l'École des beaux-arts de Rouen, vous apprenez l'anatomie animale, sous la direction du professeur de sculpture, votre maitre René LELEU. Vous y recevez aussi des leçons de vie quand un professeur vous répète: « Restez fidèle avec vous-même. Faites ce qui est beau à vos yeux, ne cherchez pas à plaire". Encore aujourd’hui, vous vous tenez à cette ligne de conduite.


A la sortie de l’École, rien n’est facile tant la mode est à l’abstraction. L’art animalier qui avait eu tant de mal à conquérir un public dans les années 1830 semblait retourner dans les limbes du désamour et mettra plus de 50 ans à retrouver ses lettres de noblesse et l’intérêt des conservateurs et du marché de l’art. Vous êtes un des artisans majeurs de cette réhabilitation vous inscrivant ainsi dans la magnifique cohorte des POMPON, BARYE, MÈNE, FREMIET, JACQUEMART ou Rosa BONHEUR.


Vous aimez les animaux aux formes rondes, « car la lumière ne vient jamais heurter l’ombre ». (...) Pour vous,  « la main est le prolongement de l’esprit ». Une sculpture réussie doit susciter une envie immédiate : « Une bonne sculpture, on doit avoir envie de la caresser » dites-vous. Je peux en témoigner et j’ai encore ressenti cette envie irrépressible récemment lors de votre dernière exposition dans les salons du Plaza Athénée.

Mais la vie d’artiste célèbre comporte aussi des aléas et vous avez bien failli sombrer il y a une dizaine d’années suite à l’escroquerie d’un galeriste malfrat et véreux. Il fallait vous protéger et votre fils Guillaume prend alors la main pour construire autour de vous les protections nécessaires afin de bâtir votre œuvre en toute quiétude et en toute sécurité. Autour de votre père s’est donc constituée une véritable troupe de « montreurs d’ours », composée d’une dizaine de personnes qui l’assistent au quotidien. Toutes ont été recrutées dans l’entourage proche : la famille ou les amis.

En fait, maintenant plus de cinquante personnes travaillent chaque jour autour de votre œuvre, cher Michel, notamment des artisans d’art répartis dans sept fonderies, contribuant à préserver sur le territoire national des savoir-faire ancestraux.

Votre parrain de cœur est l’acteur François CLUZET . Celui-ci dit de vous : « Les animaux, je dirais les amis de BASSOMPIERRE, reflètent toute son humanité. Il connaît et apprivoise le monde sauvage et donne à nos animaux, vie, grâce et dignité. »


Votre engagement est en cela également environnemental et citoyen. Depuis plusieurs années, vous exposez dans l’espace public, pour que vos œuvres soient accessibles au plus grand nombre et sensibiliser  ainsi à la cause environnementale.


Et en point d’orgue magistral pour vos 80 ans, en mars 2028 ouvrira un musée dédié à votre travail, dans la région nantaise.  Enfin ! il était temps pour célébrer 55 ans d’une carrière tout entière dédiée à magnifier l’animal.

Mais ici, au musée BOURDELLE, en ce premier avril, nous n’attendrons pas plus longtemps pour vous rendre hommage ! Aussi, Michel BASSOMPIERRE, au nom de la République et du ministère de la Culture, nous vous faisons  officier dans l’ordre des Arts et des Lettres."


Roselyne BACHELOT

 
 
 

1 commentaire


evovexufix02
il y a 2 jours

On peut observer que la logique narrative résiste à un examen approfondi. Le langage spéculatif est notamment absent des affirmations. Le site web élargit la base de preuves des affirmations formulées. L'analyse des tendances est enrichie par des données d'utilisation longitudinales.

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